Les forêts françaises continuent de s’étendre, mais leur capacité à absorber le CO₂ s’affaiblit nettement. Elles couvrent désormais 17,6 millions d’hectares en métropole et en Corse. Pourtant, sécheresses, canicules, maladies et mortalité des arbres ralentissent leur croissance. Ce paradoxe devient un enjeu majeur pour les objectifs climatiques français.
Selon l’Institut national de l’information géographique et forestière, la forêt gagne encore environ 90 000 hectares par an. Toutefois, la mortalité des arbres a augmenté de 125 % en dix ans. Le stock de bois continue donc de progresser, mais beaucoup moins rapidement qu’auparavant. Cette évolution réduit directement la quantité supplémentaire de carbone captée chaque année.
Le puits de carbone forestier perd de sa puissance
Une forêt constitue un puits de carbone lorsqu’elle absorbe davantage de CO₂ qu’elle n’en libère. Les arbres utilisent le carbone atmosphérique pour leur croissance. Une partie reste ensuite stockée dans le bois, tandis que les sols forestiers constituent également un immense réservoir.
Cependant, l’augmentation de la superficie forestière ne garantit pas une hausse équivalente de l’absorption. La santé, l’âge et la croissance des peuplements jouent un rôle déterminant. Ainsi, une forêt fragilisée peut continuer à occuper davantage de territoire tout en captant moins de carbone.
Les données de l’inventaire forestier illustrent ce ralentissement. La séquestration annuelle est passée d’environ 63 millions de tonnes de CO₂ à 39 millions en une dizaine d’années. En outre, la vitesse d’augmentation du stock de carbone a été divisée par deux sur la dernière décennie.
Sécheresses et canicules affaiblissent les forêts françaises
Le changement climatique constitue l’un des principaux facteurs de cette dégradation. Les sécheresses répétées limitent la croissance des arbres. Les fortes chaleurs augmentent également leur stress et peuvent favoriser leur dépérissement.
Par ailleurs, des peuplements affaiblis deviennent plus vulnérables aux parasites et aux maladies. Les surfaces touchées par des attaques biologiques ont progressé de 175 % depuis 2015. Les insectes, champignons et autres organismes pathogènes contribuent donc à dégrader davantage certains massifs.
La mortalité forestière confirme cette tendance. Elle atteignait 8,5 millions de mètres cubes par an entre 2005 et 2012. Elle est montée à 15,2 millions entre 2014 et 2022. Les données plus récentes de l’inventaire forestier l’évaluent à près de 17 millions de mètres cubes annuels.
Les incendies ajoutent une pression supplémentaire
Les incendies constituent un autre risque croissant. Lorsqu’une forêt brûle, une partie du carbone accumulé repart dans l’atmosphère. De plus, la disparition ou la dégradation des arbres réduit temporairement la capacité future d’absorption.
Les conditions météorologiques favorables aux feux deviennent également plus fréquentes. Depuis 2015, sept années sur dix ont vu plus de la moitié du territoire exposée à de telles conditions. Néanmoins, les dispositifs de prévention et de lutte ont permis de réduire les surfaces brûlées sur le long terme.
Cette évolution montre pourquoi la seule superficie forestière constitue un indicateur insuffisant. La vitalité des arbres, leur renouvellement et leur résistance aux événements extrêmes comptent tout autant.
Le puits de carbone devient un enjeu pour les objectifs climatiques
Cette fragilisation complique la trajectoire française vers la neutralité carbone. Le secteur des terres et des forêts doit compenser une partie des émissions qui resteront difficiles à supprimer. Or, le puits de carbone national recule depuis 2013.
Le Haut Conseil pour le climat estime d’ailleurs que le puits forestier s’est fortement dégradé, notamment sous l’effet du changement climatique. Cette diminution signifie que les autres secteurs pourraient devoir réduire davantage leurs émissions pour respecter les objectifs nationaux.
Ainsi, augmenter la surface boisée ne suffira pas. L’adaptation des peuplements, leur renouvellement et la prévention des incendies deviennent essentielles. Enfin, la gestion forestière devra concilier stockage du carbone, biodiversité, production de bois et résistance à un climat plus chaud.
