Jordan Bardella a rejeté, jeudi 1er octobre, de nouveaux documents publiés par Mediapart pour étayer son enquête sur des messages antisémites qui lui sont attribués. Le président du Rassemblement national affirme n’avoir jamais écrit ces propos. La controverse porte désormais largement sur l’authenticité des échanges et les méthodes utilisées pour les vérifier.
Selon Reuters, Jordan Bardella avait déjà engagé une procédure en diffamation après les premières révélations publiées le 28 septembre. Après la publication de nouveaux éléments, il a annoncé son intention de déposer une autre plainte, cette fois pour « faux et usage de faux ». Le responsable politique qualifie les documents présentés par le média de montages et conteste formellement être l’auteur des propos rapportés.
Mediapart détaille sa méthode d’authentification
La nouvelle publication de Mediapart intervient trois jours après sa première enquête. Le média avait alors attribué à Jordan Bardella plusieurs messages privés datant notamment de 2013.
Ces échanges comporteraient des propos et stéréotypes antisémites. Jordan Bardella avait immédiatement rejeté ces accusations et dénoncé de faux documents. Il était âgé de 17 ans au moment d’une partie des échanges qui lui sont attribués.
Face aux contestations, Mediapart a publié jeudi une partie des documents sur lesquels repose son enquête. Le journal a également expliqué les démarches employées pour tenter d’en vérifier l’origine.
Le média affirme notamment disposer de conversations Messenger transmises par deux personnes ayant fréquenté Jordan Bardella. Il indique avoir procédé à une extraction des données permettant d’identifier le compte associé aux conversations.
D’après les explications publiées par le journal, cette extraction permettrait de vérifier la chronologie des messages. Elle servirait également à déterminer si les conversations ont été modifiées après leur création.
Des données liées à Facebook au centre des vérifications
L’un des points importants concerne l’identification du compte utilisé pour les échanges. Mediapart affirme que les données provenant de Facebook associent l’interlocuteur concerné au nom de Jordan Bardella.
Le média dit également avoir fait constater l’extraction des données par un huissier. En outre, il affirme avoir comparé les conversations avec différents éléments biographiques.
Cette méthode constitue l’un des principaux arguments avancés par le journal pour défendre son enquête. Cependant, Jordan Bardella ne reconnaît pas ces documents comme authentiques.
Le média indique également disposer de courriels échangés entre le jeune militant et plusieurs interlocuteurs entre 2012 et 2014. Ces documents montreraient notamment un intérêt pour Alain Soral et ses idées. Là encore, leur attribution est contestée par Jordan Bardella.
Jordan Bardella maintient une contestation totale
Le président du RN a répondu peu après la publication des nouveaux éléments. Il affirme que les captures d’écran peuvent être manipulées et nie avoir tenu les propos qui lui sont attribués.
D’après RTL, Jordan Bardella a annoncé une plainte pour « faux et usage de faux ». Cette procédure doit s’ajouter à celle engagée pour diffamation contre Mediapart après la première enquête.
Cette réponse maintient donc deux versions directement opposées. Mediapart affirme disposer d’éléments techniques et documentaires permettant d’attribuer les échanges à Jordan Bardella. Le responsable politique soutient, au contraire, que les documents sont falsifiés ou manipulés.
À ce stade, aucune décision judiciaire n’a tranché ce différend. Les documents publiés constituent les éléments avancés par Mediapart pour défendre son enquête, mais leur authenticité reste contestée par Jordan Bardella.
Une affaire sensible pour le Rassemblement national
La controverse dépasse la seule question de messages datant de plus d’une décennie. Elle intervient alors que le Rassemblement national cherche depuis plusieurs années à prendre ses distances avec l’antisémitisme associé à certaines périodes de son histoire.
Marine Le Pen a publiquement soutenu Jordan Bardella après les premières révélations. Le RN a également rejeté les accusations portées contre son président.
Par ailleurs, Jordan Bardella occupe une position centrale dans la direction du parti. La controverse intervient donc dans une période politiquement sensible, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027.
Le volet judiciaire devient désormais essentiel. Les plaintes annoncées pourraient conduire la justice à examiner les accusations et les documents contestés. Toutefois, le calendrier d’une éventuelle procédure reste incertain.
En attendant, l’affaire repose sur deux positions irréconciliables : Mediapart affirme avoir authentifié les échanges sur lesquels s’appuie son enquête, tandis que Jordan Bardella nie catégoriquement les avoir écrits.
